mercredi, septembre 02, 2020

Il était une fois...

Il était une fois un grand Seigneur nommé Satan qui régnait sur l’Empire du Mal. Habituellement ravi devant ses réalisations néfastes et perverses, voilà qu’il commençait à s’ennuyer. Il avait bien concocté de bonnes idées depuis quelques années - essentiellement concentrées sur des projets terroristes - mais les dégâts étaient toujours les mêmes: quelques dizaines ou centaines de morts, des villes ravagées, des guerres petites et grandes sans cesse ravivées. Il n’allait pas abandonner ce filon, c’était trop facile car les résultats se faisaient rarement attendre, mais... 

L’idée lui vint donc de créer une Chose si petite et pernicieuse qu’elle serait invisible à l’oeil nu, et néanmoins susceptible de causer des dommges inédits, cette fois, à l’échelle planétaire. Un projet ambitieux comme il n’en avait pas eu depuis la Deuxième Guerre Mondiale.

Il conçut soigneusement sa Chose et  la  lança sur la terre au hasard. Elle atterrit dans un marché quelque part en Chine. Puis le Seigneur Satan attendit. Au début, il y eut bien quelques malades, mais rien de phénoménal. Déçu, il commença à croire que son idée était un échec, ce qui ne lui arrivait pourtant jamais. Mais la Chose était bien là, bien vivante, et elle se répandit soudain à une vitesse fulgurante. Les hôpitaux se remplissaient, les gens mouraient, d’abord par dizaines, puis par centaines, par milliers. Les hommes étaient omnubilés et la science, dépourvue de solutions. C’était parfait. Ne lui restait plus qu’à observer avec ravissement la catastrophe qui s’abattait toujours plus violemment sur le genre humain. 

Pourtant, ceux qui attrapaient la Chose n’en mouraient pas tous, et les savants des Choses commençaient à croire qu’ils en viendraient à bout, malgré tout. Une course effrénée s’était engagée à l’échelle mondiale... On y arriverait, c’est certain. 

N’empêche que les hommes avaient encore plus de questions que de réponses. Voyant cela, le Seigneur Satan continuait de se péter les bretelles et assistait avec un ravissement jouissif au spectacle morbide qui  dépassait désormais ses propres attentes. Des statistiques diaboliques s’affichaient sur tous ses écrans et il en frémissait de plaisir chaque fois qu’il les contemplait. Des millions de morts, et trop d’humains ignares qui refusaient de respecter les consignes les plus élémentaires. Décidément son projet dépassait ses espérances, mais il n’était pas au bout de ses surprises.

Éventuellement chez les hommes, on commença à comprendre qu’un malade soi-disant guéri de la Chose pouvait ne l’être... qu’en apparence. Ainsi, le soi-disant rétablissement serait bien éphémère et les séquelles plus pernicieuses et plus accablantes que la maladie elle-même: le corps mystérieusement miné, diminué, affaibli, malade. Le vaccin miraculeux tant espéré ne verrait peut-être pas le jour, la race compromise à jamais. 

Et depuis son coin de Paradis Perdu, le Seigneur Satan vit que cela était bon. 



samedi, juillet 11, 2020

Le Nazaréen revisité

Autres temps, autres moeurs sans doute, mais les misères de tous ordres dont il a été témoin ne sont certes pas si différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui: racisme, disparités économiques,   persécutions religieuses, pouvoir politique abusif, absence flagrante d’amour et de compassion. Lui-même persécuté jusqu’à la mort, qu’avait-il à dire de cette société dans laquelle il vivait? Mais surtout pour nous, que dirait-il aujourd’hui de celle de laquelle, consciemment ou pas, nous participons tous?

Il n’a jamais été très fort dans le jeu du blâme, le Nazaréen. Il encourageait plutôt ses disciples à se regarder dans le miroir et voir comment changer leur propre attitude, leur propre regard sur les injustices humaines. Sa recette, bien mal comprise encore aujourd’hui: l’agapè, l’amour avec un grand A.

À mon avis néanmoins, s’il devait réapparaître parmi nous, son message serait inchangé. Si nous nous indignons d’une multitude d’injustices et de scandales, c’est parce qu’au fond c’est de nous-mêmes qu’il s’agit, individuellement et collectivement. Notre auto-portrait n’est pas flatteur et c’est devenu difficile de se le cacher.

La mesure requise pour un réel changement dépasse l’entendement, rien de moins qu’une révolution à l’échelle planétaire. Or ne transforme pas une planète qui veut... De l’imperfection relative d’une époque à l’incommensurable chaos auquel nous sommes présentement assujettis: un chemin phénoménal - parsemé de moments admirables, il est vrai - parcouru en quelques siècles depuis qu’un dénommé Jésus est apparu pour proclamer son message révolutionnaire. Ce qu’il est toujours d’ailleurs, mais il semblerait que de moins en moins d’individus et de gouvernements soient disposés à l’entendre, encore moins à l’appliquer dans leurs politiques pour des populations dont la vie est pourtant devenue chaotique, souvent misérable et désespérée. À plus forte raison en cette période de pandémie désarmante, voilà un bien triste constat.

Le Nazaréen a pourtant de nombreux héritiers, émissaires de ce même message...  Mais comme en son temps, la plupart prêchent dans le désert ou du moins à un auditoire limité. Par définition, ces minorités n’auront sans doute jamais les moyens pour combattre les super puissances de tous ordres et faire valoir leur message de manière efficace.

Alors quoi? Jusqu’à nouvel ordre, je vais devoir me contenter de suivre le conseil du Dalaï Lama: à défaut de pouvoir changer le monde, nous assure-t-il, notre tâche à chacun de nous, si humble soit-elle, consiste d’abord et avant tout à gérer notre propre vie avec amour bienveillant et compassion.

À chacun sa mesure.


vendredi, juillet 03, 2020

Mona

Bon, ça fai lontent que j’ai écri, sé parse que j’ai peur tou le temps, pis j’ai rien à dire... Cé comme si je me réveil d’un mauvais rêve pis sé encore pire éveillé!

Là je commense à comprendre que les virus, y en a plein partou partou, pis va falloir faire avec pour lontemps. Sa me fai paniker un peu parse que j’aimai pas mal mieu ma vie d’avan. Là on dirai qui faut que je me rajuste tou le temps, masque par ci, file d’attente par là, lave les mains, pu de calins, pu rien. On vois pu le sourire de personne. On est un peu comme des robots, un peu comme mort... Y fau de l’imaginasion pour se reviré de bor pis toute recommenser autrement.... des bonnes personnes comme moi, qui sont limité comme y dise, y savent pas toujours comment faire.

Sa fait que là, y von m’envoyé une travailleuse sosiale pour me donner des idées pis m’encouragé. A l’est pas venu encore, sa veu dire qua lé occupée, pis qui a plein de bonne personne comme moi qui on besoin d’elle pour s’inventé une autre vie qu’on a pas voulu. Fau s’encouragé, sa veut dire que chu pas tu seul à me sentir un peu perdu pi stressé dans ma tête.

L’otre jour, Sonia est venu me cherché pis on est allé cherché une crème glasé ché McDo. On a enlevé nos masque pour la mangé. C’était vraimen bon pi j’ai souri pour la première foi depuis lontemps.

lundi, juin 15, 2020

L’effet comment?

D’accord, ce n’est pas tout à fait l’effet Cendrillon, mais la sensation d’étourdissement et d’égarement après une longue pause isolationniste pourrait y ressembler. Évidemment, pas de prince charmant ni de richesses nouvellement apparues, loin de là. Tout le contraire, en fait. J’ai l’impression de devoir me redéfinir à un âge où on devrait pourtant en avoir terminé de toutes nos transitions et adaptations.  Me redéfinir, non par choix, comme je l’aurais fait il n’y a pas si longtemps, histoire de voir de quoi je suis encore capable, pour me surprendre moi-même, sinon les autres.

Pandémie oblige, ce genre de choix n’est plus à la carte. Toutes directions, tristement limitées, nous sont imposées en vertu des commandements des dieux sanitaires nouvellement élus. Tu iras en vacances par ici et non par là, tu travailleras ici de telle et telle façon, ou par là, de telle et telle façon. Tu te laveras les mains cent fois par jour, et tu t’accolleras un masque sitôt sorti de chez toi, au premier signe de rapprochement d’une espèce humaine. Tu ne toucheras à personne, ni ne feras de câlins à tes chers, petits et grands, qui en réclament pourtant à haut cris. En clair, tu t’abstiendras de tout ce qui pourrait menacer ce nouvel ordre, même au détriment de ta santé mentale. Tu as la sensation d’étouffer? Ah, mais qu’à cela ne tienne, c’est le nouveau normal, le petit prix à payer pour rester en vie...

Les remèdes? Aux dernières nouvelles, ils sont rares et limités. Les plateformes Zoom & Cie de ce monde, à la longue, sont déçevantes : si évolués qu’ils soient, nos écrans ne sauraient remplacer l’authentique chaleur humaine dont nous avons tant besoin, d’autant plus quand la vie elle-même est sérieusement menacée.

Où cela nous mènera-t-il? Qui sait...  Par contre, j’entrevois déja une manne pour les thérapeutes et psys de tous ordres dont, pour autant, le succès est loin d’être assuré. Car à mon humble avis, les véritables baumes n’émergeront pas d’un cabinet de thérapeute...

Donc pour le moment en tous cas, pas de jolies surprises dans ce réveil bien morne: rien qu’une réalité, celle d’une bulle planétaire sans repères et truffée d’incertitudes.

Alors pour l’effet Cendrillon, on repassera.




vendredi, mai 29, 2020

Le Grand Malaise

Si on n’en avait pas assez des interminables statistiques, des masques, de la distanciation, des décontaminants et gels désinfectants de tous acabits, sans compter les menaces qui nous guettent si on déroge à la longue liste des nouveaux impératifs sociaux, il faut pourtant ajouter un autre malaise qui, lui, n’est pas près de s’évaporer. Il ne vient ni d’en haut ni de quelque autorité: il est né spontanément de nos propres tripes, un héritage de notre ‘petite nature’ à la fois résiliente et, hélas, bien fragile.

Comme si on n’en avait pas assez de se préoccuper de tous nos avenirs, de ceux de nos enfants et de nos petits-enfants, de la qualité de vie qui nous attend, pour le meilleur et pour le pire. Ce pire, pour quelque raison, s’étant déjà taillé une place de choix parmi les réalités de notre nouveau monde:  dépression, anxiété (chez les adolescents en particulier), fragilité et insécurité financières, pathologies routinières exacerbées par la seule menace du Virus, sans compter son effet réel sur les personnes qui en sont atteintes.

J’ai donc nommé: la Nostalgie, celle d’une ère et d’un mode de vie qui appartiennent désormais au passé. Telle un virus, elle va nous coller à la peau et à l’âme jusqu’à ce que les humains n’aient plus souvenir de la vie avant les masques, avant la peur et les pandémies dont, pourtant, la grande tribu humaine est l’unique responsable.

La bonne nouvelle - oui, il y en a une - c’est que ce Malaise n’affectera pas ces chers enfants qui naîtront dans une vingtaine ou même une dizaine d’années. Sans compter qu’ils bénéficieront sans doute d’un vaccin nouvelle génération à toute épreuve. Ainsi, de toutes ces calamités comme du Grand Malaise, eux seront peut-être épargnés.

C’est du moins la grâce qu’on leur souhaite.

vendredi, mai 15, 2020

Verdure, quand tu nous tiens!

Il m’arrive d’être portée sur les détails - qualité souvent fâcheuse, s’il en est - du moins l’étais-je dans cette autre vie d’il n’y a pas si longtemps.

Cela dit, je constate que ma vision du monde évolue au rythme lent, mais indéniable, généré par mon confinement. Par exemple, mon regard sur mon environnement et ses transformations saisonnières tous azimuts.

Mes promenades en solitaire me forcent à mieux regarder et sentir mon entourage : sans doute banal aux yeux de plusieurs, mais combien enviable à ceux de milliers d’autres forcés de vivre dans un univers de béton, de poussière et de désolation.

Ainsi depuis quelques jours, je me surprends à scruter avec une obstination quasi scientifique les minuscules têtes de bourgeons de la petite haie qui borde mon patio. Voilà plusieurs années que je la vois sans la voir, elle fait partie de mon décor. Mais voici que maintenant elle me parle, m’invite à la suivre dans son processus de verte éclosion qui la mènera jusqu’aux jours lumineux et enchanteurs de l’été.

Détail? Sans doute, et je devine que cette prise de conscience ne va pas s’arrêter là. Peut-être, telle une enfant, apprendrai-je à m’émerveiller devant les mille et un prodiges de ma nature environnante, bien au-delà de mon patio.

J’aurai décidément de quoi alimenter mon nouveau souci du détail pour de longs mois encore.

Qu’on se le dise: le confinement n’a pas que des inconvénients!





jeudi, mai 07, 2020

Mona

Ça fait que y a encore plain de bonne personne qui continusse de mourir. Pis avec ça, des changements pi encore des changement!

Là, y parait qui va y avoir plein de plastique partout. Des murs, des tuniques, des zip lok, pi quoi encore. J’ai vu une photo d’un nouveau buro de dentiste. C’est malade! Ben vite, on se verra pu, va falloir se deviner!

Pis j’me demande si y on oublié l’environnemen avec toute ça. As-tu une idée de toute le plastik qui va s’en aller on sait pas où? 

Déjà que le changement, j’aime pas trop ça... Sa me stresse, cé pas bon pour ma santé... je vien toute kroche en dedan. Quelke chose me dit que je va aboutir chez mon docteur dans pa lontemps.

Si j’ai pa le virus bibite, c’est super, mais si j’abouti avec une autre sorte de maladie, c’est pas mieu.

Ça fait que je di plein de prière. J’ai déjà essayé pis ça marchai pas mais pour asteure, je connais pas d’autre moyen. On sait jamais.



Il était une fois...

Il était une fois un grand Seigneur nommé Satan qui régnait sur l’Empire du Mal. Habituellement ravi devant ses réalisations néfastes et per...